Il y aurait tellement de choses à dire sur ce roman (qui n'en est pas tout à fait un), pardonnez-moi si je n'évoque pas tout.
Je dis que ce n'est pas tout à fait un roman car l'autrice est aussi la narratrice et nous raconte l'enquête qu'elle a menée auprès d'archives de différents pays, afin d'en apprendre plus sur sa grand-mère, qu'elle croyait déjà bien connaître : une photo postée Facebook et les commentaires qui s'y greffent la poussent à tenter de reconstituer la vie de cette femme. Et le côté romancé est bel et bien ici, car la vie racontée de cette femme, depuis son enfance jusqu'à la naissance de l'autrice, n'est que conjecture, reflet de souvenirs, déductions face aux archives qui parfois peuvent mentir.
L'indignité est un mot, un concept qu'on retrouve à plusieurs reprise tout au long du roman, mais c'est principalement celle de cette grand-mère, qui a été enfant, jeune fille, femme, aujourd'hui décédée et qu'on bafoue sous une photo postée sur Internet. L'autrice a voulu redonner sa dignité à sa grand-mère, ou du moins tenté de lui donner des armes pour se défendre, car les morts ne le peuvent pas.
J'ai vu un pan de la Seconde guerre mondiale (avant, pendant et après) que je connaissais moins, celui des pays très à l'est de l'Europe : l'Albanie, la Grèce, la Yougoslavie,... ces pays en mouvance permanente, où les gens finissent par ne plus savoir quelle est leur véritable nationalité, où il est difficile de se créer une identité, toujours en conflit quelque part, aux frontières changeantes, dépendant d'autres pays qui, en fin de compte, ne leur veulent pas que du bien.
Il y avait quelques passages kafkaïens, mais j'ai aussi eu l'impression d'être parfois dans un 1984 réel où la vérité est déformée, reformulée, effacée, modifiée (car finalement, George Orwell s'est inspiré de la réalité (et la réalité redevient celle de 1984)) ; c'est cyclique. C'est d'ailleurs un autre sujet de ce livre : l'aspect cyclique de l'Histoire.
On évoque ici souvent la Révolution française et la Terreur, et on
s'aperçoit que malgré le temps qui passe et les mœurs qui évoluent, on refait toujours les mêmes erreurs... (encore maintenant).
Enfin, c'est un livre sur la mémoire : << ce qui compte ce n'est pas ce que nous nous rappelons, mais comment nous nous le rappelons » (p. 445): l'histoire de quelqu'un n'est que la sommes de ce qu'on nous en raconte, des documents existants, et de l'interprétation qu'en font plus tard celleux qui s'y intéressent. La Vérité n'est que celle de l'instant présent, et même là encore, rien n'est aisé, surtout quand on vit dans un pays qui a tant muté, à une période si chaotique...
C'était une histoire donc très forte, poignante parce que très près de la réalité et effrayante aussi par son côté inexorable.
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