vendredi 3 juin 2011

Solitudes

Il s'agit bien de solitudes, dans le recueil de nouvelles de Joyce Carol Oates, Folles nuits (titre tiré de celui d'un poème d'Emily Dickinson), chez Philippe Rey.
5 auteurs, 5 nouvelles :
- Edgar Poe : "Poe posthume; ou le Phare"
Après la date réelle de sa mort, nous retrouvons Poe en gardien de phare, à la demande de son ami le docteur Shaw, pour une expérience (sur la solitude). Accompagné d'un chien, Mercury, Poe doit allumer chaque soir et éteindre chaque matin un phare, où il vit sur une minuscule île de l'Atlantique, au large de la Caroline du Nord.
Il écrit un journal ou, peu à peu, on le voit sombrer dans la folie, due à la solitude...

- Emily Dickinson : "EDickinsonRéplilux", récit de science-fiction où un couple, les Krim, décide d'acheter (adopter) une réplique de personnage célèbre. Mme Krim, férue de poésie, porte son choix la réplique d'Emily Dickinson, l'EDickinsonRéplilux.
Mme Krim la prend pour la vraie, alors que M. Krim ne la voit que comme une machine. Une jalousie s'installe. Mme Krim passe tout son temps avec le "poète". M. Krim commence a être obsédé par ce "mannequin", cette "machine".

- Mark Twain (de son vrai non Samuel Clemens) : "Grand-Papa Clemens et Poisson-Ange, 1906".
Vers la fin de sa vie, Samuel Clemens a toujours de fervents admirateurs ; de son côté, il adore s'entourer de jeunes filles, entre 10 et 15 ans, il crée une sorte de club pour jeunes filles distinguées. Un jour, au cours d'une séance de signature, il remarque une très belle jeune fille et lui glisse un mot dans le livre. S'en suit une relation épistolaire entre la jeune fan, Madelyn, et le vieil homme seul, hanté par la mort de sa fille préférée, Suzy, alors que Clara, une autre de ses filles, est toujours là pour s'occuper de lui. Elle le met d'ailleurs en garde : il pourrait être accusé de pédophilie.
Mais Samuel n'en a cure. Il voit en Madelyn une adorable jeune fille qui devrait rester telle qu'elle est et ne pas grandir... en un sens, il veut retrouver sa fille perdue.
Tout se passe bien, jusqu'au moment où il réalise que Madelyn vient d'avoir 16 ans...

- Henry James : "Le Maître à l'hôpital St Bartholomew 1914-1916".
Pendant la 1ère Guerre Mondiale, Henry James, à Londres, devient bénévole dans un hôpital, malgré son grand âge et ses problèmes de santé, pour réconforter les blessés.
On le traite comme n'importe quelle autre personne, lui, le Maître... !
Petit à petit, H. James s'habitue à la Salle 6, une grande salle où se trouvent les blessés de guerre et où il vient leur faire la lecture, leur apporter des friandises, bref, leur apporter un peu d'humanité.
Il s'aperçoit que cet hôpital devient comme un besoin, presque une drogue ; il en a besoin, il s'attache à ses jeunes hommes, jusqu'à en tomber amoureux, surtout le jeune lieutenant Scudder.
Il s'aperçoit aussi que dans toute son œuvre, jamais il n'a mentionné cette réalité sale : les blessures suintantes, les défécations, les odeurs nauséabondes... Et c'est peut-être aussi ce contraste qui l'attire.
Voyant qu'il s'attache trop, l'infirmière en chef lui donne d'autres missions, plus dures, qu'il accomplit efficacement dans l'espoir de retourner à la Salle 6... mais James est un vieil homme...

- Ernest Hemingway : "Papa à Ketchum, 1961".
Hemingway et sa dernière femme sont venus vivre à Ketchum ; il est vieux, malade, impuissant, cyclothymique, et pense au suicide... au sien, à celui de son père, et même il pense tuer sa... la femme.
Il cherche l'inspiration qui ne vient pas. Peu à peu, les mots s'enfuient de sa tête.
La femme a caché les armes pour qu'il ne tente plus de se suicider. Il est hospitalisé. Il drague les infirmières ; il se fait des films, il repense à son père, qu'il aime finalement, il repense à sa mère, qu'il méprise toujours autant...
Il se voit dans la glace, et y voit son père, père qui s'est suicidé quand il n'avait lui-même pas encore 30 ans.
Il pense, il est paranoïaque, il réfléchit, il cherche, il invente, il délire...

Ces 5 nouvelles sont totalement fictives évidemment, mais inspirées soit de diverses biographies (pour les 3 derniers), soit d’œuvres (pour les 2 premiers). Par exemple, "Le phare" est une nouvelle de Poe, retrouvée et éditée à titre posthume.

La fin de chacune est efficacement précipitée, vers une sorte de folie, ou vers la mort, un rêve de mort et toutes sont dues entièrement ou en partie, à la solitude.

Le 4ème de couverture est un peu mensonger, puisqu'il dit que l'auteur "joue dans ces nouvelles à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine", ce qui est faux puisque les 2 premières sont post-mortem...

Il y a justement un écart entre ces 2 premières nouvelles et les 3 dernières qui sont plus homogènes, par le thème, le style, la tendance.
Les nouvelles sur Poe et Dickinson sont radicalement différentes, puisque justement relatent des "évènements" (fictifs) qui ont lieu après la mort des 2 personnages.
Celle sur Poe à des accents lovecraftiens et celle sur Dickinson, presque des accents kafkaiens (pas dans le sens administratif de la chose, mais voir plutôt comme La Métamorphose).



7 commentaires:

  1. Donc à lire un soir de solitude ! :)

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  2. Je n'avais même pas 20 ans quand j'ai perdu ma "sollitude" et quand ça m'arrive (deux ou trois soirs par an seulement!!), je la VIS plutot que la LIRE !:))

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  3. et certains disent que la solitude ça n'existe pas !

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  4. Nigloo : Mais quand on est seul à l'intérieur, c'est le plus dur !

    Maé : Elle existe pourtant en chacun de nous...

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  5. Poe en gardien de phare .... mouais ... une lumière dans la nuit noire ... comme le phare dans "hotel de la jamaique" ( si je me trompe pas ) ... hitchckok

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  6. Il existe aussi un roman biographico-onirique sur les derniers jours de Poe qui s'appelle (en VO) "The Lighthouse at the End of the World" de Stephen Marlowe

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